Salutations!

Dernièrement, j’ai acheté les deux premiers tomes de la bande dessinée Dirty Cosmos de Djiguito & Le Chef Otaku ainsi que l’intégrale “Jean-Luc Absolution” de David Chabant.

Ces BD ont en commun d’être publiées et vendues sur la plateforme lulu.com proposant un service d’impression à la demande, qui est un modèle d’édition indépendante particulier.

L’article ici présent se concentrera sur une critique de Dirty Cosmos. Je consacrerai plus tard deux articles à part entière pour “Jean-Luc” et lulu.com.

Dirty Cosmos est donc une série de bande dessinée française dont la publication a commencée en juin 2016. Elle est illustrée par Djiguito et scénarisée par Le Chef Otaku. Si je ne me trompe pas, il s’agit pour tous les deux de leurs deux premiers livres publiés.

Djiguito est un jeune illustrateur réalisant principalement des fan arts de mangas et comics sur diverses plateformes. Le Chef Otaku est quant à lui un vidéaste sur Youtube réalisant des reviews de bandes dessinées et principalement de mangas. Je pense que l’on peut considérer leur profil comme étant, à l’heure actuelle, encore atypique dans la sphère des auteurs de bd.

Le synopsis officiel faisant bien le taf, je vais me contenter de le copier ici: “Au fin fond de l’univers, Starfire, un baroudeur de l’espace en perdition, alcoolique et drogué à cause d’un artefact antique qui parasite son bras gauche et qui lui inflige d’horribles douleurs, se retrouve pris dans un conflit entre des orphelins des rues et des trafiquants de chair humaine.”

Le dessin comme le scénario jouent avec certains clichés typiques des bandes dessinées aux héros badass. Personnellement, je suis un peu allergique aux gros tics visuels et narratifs visant à rendre “cools” des personnages. C’est souvent assez pompeux et maladroit. Heureusement, dans “Dirty Cosmos”, la mise en scène (dans laquelle j’inclus les dialogues) est souvent bien amenée. Des petits détails, des petites intentions qui font que les scènes fonctionnent bien et évitent la caricature. De toutes manières, la bd étant un média reposant sur des codes partagés et connus du lecteur, on ne peut pas tous les éviter ou les mener de manière originale (ce serait même contre-productif). Le tout est de bien doser son approche, ce que “Dirty Cosmos”, bien que possédant ses maladresses et tics propres au genre traité, réussit en bonne partie, ce qui est très agréable.

Alors, que ça soit clair: une des visées de ce livre est de décrire des situations violentes, dramatiques dont la clef de résolution est la “badassitude” des personnages. Par Badass, j’entends un comportement expéditif, sacrificiel et souvent altruiste face à des situations extrêmes. Que cela soit les cadres utilisés ou les dialogues, on ressent cette volonté des auteurs comme étant un moteur de leur récit. Parfois, ça fonctionne bien et en tant que lecteur, un bon mot du héro Starfire et son aspect sale font sourire et hocher la tête. Le perso existe et est cohérent. Cependant, une des choses avec le fait d’être un “badass” est qu’il faut en faire des tonnes, comme de montrer qu’on en a rien à foutre d’être braqué par un pistolet, un bon vieux classique. C’est peut-être là-dessus que l’on peut recouper le plus cette bd avec le comics de super héros ou beaucoup de mangas: l’univers ne fait pas les choses à moitié, que soit pour représenter la saleté ou la violence, tout est mis en place pour que cela soit de manière exacerbée.

C’est un équilibre délicat que de vouloir présenter un récit au propos sombre et sérieux tout en étant conduit par des personnages qui sont représentés comme étant “classes”. C’est presque flirter avec le diable (et dans un film, avec la série z). En bref, il y a beaucoup d’écueils à devoir éviter car ce sont deux esthétiques presque opposées à devoir accorder ensemble, du drame mêlé au cool, du sérieux qui côtoie la caricature.

La solution qu’emprunte Dirty Cosmos est de pousser le vice de son univers vers les thématiques “tabous” (utilisation d’enfants, entre autres). Je ne sais pas à quel point il y aurait-il besoin de plonger dans le sordide et l’explicite (au niveau de la mise en scène) pour que le lecteur ressente un véritable danger et davantage d’empathie pour des personnages dont l’archétype est de, malgré les sacrifices, toujours régler les problèmes. Seul les prochains tomes nous diront de quelle manière “Dirty Cosmos” posera son équilibre.

Le dessin de Djiguito est nerveux, efficace. De manière générale, je me fous des possibles maladresses dans l’anatomie ou les perspectives. On est dans le dessin et l’esthétique peut primer sur la réalité (je resterai à jamais marqué par l’intelligence de la pose du cowboy désarticulé de Christophe Blain- pour les possesseurs du livre en question, c’est dans le troisième tome de “Gus”, page 9, case 4). Sans oublier que la BD est avant tout un média de narration: le dessin est là pour servir l’histoire et y accrocher le lecteur.

À partir du moment où l’on sent que c’est dessiné avec les tripes, avec passion, c’est déjà un pas dans la bonne direction. Il y a cependant de la maîtrise dans le dessin de Dirty Cosmos et son découpage dynamise bien le récit. On ne s’ennuie pas, la lecture du dessin est fluide et conduit bien le regard. Le trait hachuré me fait penser à celui de Hajime Isayama, l’auteur de “L’attaque des titans” (le dessin de ce dernier a pas mal été décrié, à tord à mon sens, car il s’en dégage une atmosphère et une force d’expression très intense, certes pas forcément accessible au premier abord). Également, dans une moindre mesure, car il s’agit d’une autre époque, le dessin des premiers “Tortues Ninjas” qui possède aussi cette vigueur dans le dessin que les illustrateurs peuvent potentiellement perdre au fil du temps à force de conscientiser leur dessin et d’affûter leur technique. Si derrière ce type de dessin très brut, il y a une structure bien solide dans le découpage, il peut carrément faire des prouesses. Dans “Dirty Cosmos”, on est plongé dans un univers sale et grouillant, et le dessin de Djiguito représente ça avec clarté, ce qui sert donc bien le propos du récit.

J’aurais néanmoins un remarque pour la scène de poursuite du second tome, où il aurait fallu plus de transitions entre certaines cases pour mieux saisir la scène. Il y a de trop grosses ellipses dans le temps entre les cases qui relient les pages entre elles. Je pense que la volonté d’en faire une scène très dynamique a un peu trop pris le dessus sur la lisibilité de l’action.

Au scénario, le Chef Otaku nous propose un univers sale et impitoyable. Le récit pourrait se diriger vers une sorte de roman noir, si jamais une dimension d’enquête serait amenée dans le scénario. Il y a tout ce qu’il faut: du crime organisé, une cité corrompue, un anti-héro alcoolique avec du sombre bagou…Pour le moment, il s’agit plus d’une histoire d’action, les combats étant assez présents et la maladie de Starfire pointant le récit vers une résolution de problèmes à grands coups de poings.

J’apprécie le fait que le personnage de Lilly ne soit pas juste une faire-valoir du héro ou encore son opposée positif, c’est à dire une altruiste pleine d’espoir. Elle fait face aux dures réalités, les comprenant et agissant logiquement en conséquence, quitte à devoir sombrer. On peut d’ailleurs se demander quel sera le dynamisme entre les deux personnages de Starfire et Lilly, cette dernière n’émettant pas d’opposition face au comportement de Starfire qui lui agit uniquement selon sa propre conscience, plus face à une situation qu’il ne tolère pas que pour Lilly en particulier. Le baroudeur de l’espace a un bon fond et il n’y a pour le moment par de réels croisements dans la relation des deux personnages. Ils se sauvent mutuellement la vie mais c’est encore une fois plus situationnel qu’autre chose. Leur relation ayant l’air d’être un des points centraux du récit, elle se développera probablement par la suite, l’histoire ne faisant que débuter.

La volonté de rendre les dialogues authentiques et proches du langage parlé serait probablement ma remarque négative principale: la lecture des dialogues est parfois compliquée, lorsque ces derniers sont plus prévus pour être récités par un acteur que lus dans un livre. Un équilibre entre la prose naturelle et le lyrisme est peut-être encore à trouver par moments.

L’emploi d’une narration en off pour décrire le fil de pensée de Starfire amène une double lecture intéressante au récit (ce qui fait d’ailleurs de nouveau penser au roman noir) et permet une description assez fluide de l’univers. Les quelques touches d’humour cynique par ce moyen narratif sont la bienvenue et aident à rythmer différemment l’histoire.

Je n’ai dans le fond pas tellement de choses à dire sur la narration dans sa globalité: ça se lit bien, on rentre dans le récit et on veut lire la suite.

D’un point de vue purement technique, il y a encore quelques petites failles qui peuvent se corriger avec le temps. Rien qui ne casse l’immersion lors de la lecture mais je tenais quand même à les préciser car, lorsque l’on prend soi-même en charge le travail d’un graphiste, cela requière des compétences et une rigueur essentielles pour bien mettre en valeur la lecture de la BD. À moins d’avoir un cachet à donner à un graphiste tiers, il est indispensable pour un auteur indépendant de bien maîtriser ces techniques.

Les phylactères sont souvent pixelisées, je ne sais pas si cela vient du programme utilisé pour les insérer (elle ne sont pas de base dessinées sur la planche) ou d’une résolution d’image différente de celles des scans. Le mieux aurait été peut-être de créer des bulles vectorisées et de ne pas les élargir à outrance une fois posées sur la page. C’est bien sûr dommageable pour le travail réalisé sur le dessin mais rien d’insurmontable, ni pour le lecteur présentement, ni pour les auteurs à l’avenir.

Toujours concernant les bulles de dialogue, le choix de la police a été porté sur une ressemblant à celles que l’on retrouve souvent dans les mangas. Personnellement, la majorité du temps, je préfère une typo écrite à la main par le dessinateur. La raison est assez simple, chez un dessinateur, il y a souvent une connivence entre le trait/style du dessin et son écriture, ce qui fait que les deux ont tendance à bien s’accorder et à moins se confronter qu’une police d’écriture pour ordinateur. Cependant, le trait de Djiguito est très hachuré, jouant parfois avec la limite de l’esquisse. Je peux comprendre ce choix de typo “ultra propre” pour créer un contraste volontaire avec le dessin, qui peut apporter en clarté et lisibilité de la page dans son ensemble (le duo dessin/écriture). on évite ainsi peut-être une trop grande redondance dans le visuel de la page: entre esquisse et brouillon, il y a une frontière poreuse qu’il vaut probablement mieux ne pas traverser.

D’autres petits détails comme les images floues dans la galerie de présentation des personnages au début du second tome sont à mon sens à éviter pour la suite. L’orthographe est également à bien surveiller et demanderait peut-être plus de relectures, bien qu’on ne soit jamais complètement à l’abri d’une faute.

Ce sont ce genre de petites touches qui donneront un aspect plus “pro” (oui tant pis j’ai utilisé le mot!) à cette BD, ce qui ne peut que lui servir.

De manière générale, les aspects techniques bien réalisés apportent un confort de lecture pour lequel le lecteur n’a pas à devoir se soucier. C’est comme de voir une perche dépasser dans le plan d’un film: cela peut casser la suspension d’incrédulité (ou l’immersion si vous préférez).

Pour les deux tomes, je comptabilise 75 pages de récit et 27 pages bonus de croquis et “fan art”. À mon sens c’est beaucoup trop de place donnée pour des pages ne faisant pas avancer l’histoire…Je préférerais que ce genre d’illustrations, surtout celles non réalisées par la main des auteurs, soient publiées dans un Art book sur le côté. Autant je comprends la volonté de vouloir faire participer des connaissances, autant je préfère payer une BD uniquement pour des pages racontant une histoire. Je sais que c’est un parti pris dans certaines BD (je pense à Mutafukaz) mais personnellement, ça ne m’a jamais ravi. A contrario, l’histoire bonus illustrée par un autre dessinateur (“Le Dessinator”) placée à la fin du second livre est une bonne idée, si cela peut étoffer l’Univers hors de la trame principale.

Le dessinateur de “Dirty Cosmos” a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à une interview. J’ai pensé qu’il pouvait être intéressant d’avoir quelques précisions sur ce projet, notamment de par son mode de publication atypique (après tout, ceci est un blog principalement dédié à la bande dessinée indépendante!).

Salut Djiguito! Pourrais-tu te présenter?

Ok, Djiguito, dessinateur/auteur de bd freelance du 94 (Creteil mon royaume). Je dessine depuis j’suis en gestation dans le ventre de ma mère. Mon parcours est assez atypique, j’suis autodidacte, aucun cursus scolaire dans le domaine artistique. Avec mon frère on a monté notre petite entreprise familiale, « SANOUSS », spécialisée dans la customisation en tout genre et de la personnalisation de vêtements. Parallèlement à tout ça j’suis prof de bd/manga dans le centre culturel de ma ville.

Quelle est la genèse du projet “Dirty Cosmos”?

Dirty cosmos est un projet comics du youtuber Le Chef Otaku, c’est son bébé à la base de base. Après l’avoir rencontré en convention et passé du bon temps ensemble, il m’a proposé le projet en rebootant son univers, un peu comme font régulièrement les comics US. Lui est au scénario et moi au dessin. Après m’avoir fait lire le script et m’exposer les grandes lignes, j’étais chopérationnel car c’est le style d’histoire, de bd/comics que j’aime en tant que lecteur mais que j’avais jamais eu l’occasion de dessiner. Du coup, c’est un bon challenge à relever et voilà, on est parti au charbon pour la grande aventure DIRTY COSMOS.

Qu’est-ce qui t’as amené à publier cette bd hors du circuit classique? Était-ce un choix dès le départ ou plus un concours de circonstances?

Bah un peu des deux! On l’a proposé à quelques éditeurs dans un 1er temps, puis au fur à mesure de l’avancée du projet on a cherché et tâtonné plusieurs alternatives pour finalement le sortir en indé-autopublication.

 

Et maintenant que tu en as fait l’expérience depuis un an, quel bilan pourrais-tu en tirer?

Ça fait deux ans exactement que je bosse sur Dirty cosmos et j’suis plus que ravi du succès de la série. Niveau chiffre, on a dépassé les 4000 exemplaires à l’heure où je fais cette interview. Des ruptures de stock à répétition lors de mes déplacements en convention, de bons retours de la part du public bref. J’ai la chance de bosser avec Le Chef qui est devenu un vrai frère d’armes au quotidien, et puis le fait qu’il soit une grande figure du Youtube manga fait que davantage de personnes connaissent mes travaux et c’est que du bonus !

Comment perçois-tu le futur de ta carrière d’auteur?

Pour l’instant j’suis en marathon Dirty Cosmos, le vol.3 est déjà sur les starting block. J’apprends constamment d’un point vue artistique grâce à cette aventure qui dirait se terminer au 5eme volume normalement.

 

 D’autres projets en cours?

Oui, j’ai 2-3 projets dans mes cartons que j’vais remettre au goût dont un qui me tient à coeur et qui est à des années-lumière de ce que je fais actuellement sur Dirty cosmos, un western spaghetti totalement WTF humoristique à mi chemin entre One Piece et GTA intitulé “LOS BOLOSS HERMANOS”.

 

Un mot à nous donner sur ton style de dessin? Ses influences, tes envies, ton procédé…?

Caméléon, j’aime dessiner de tout et pas uniquement du comics ou du manga, j’aime découvrir de nouvelles choses, le challenge comme source de motivation. J’suis quelqu’un de très curieux. Ayant appris à dessiner seul, j’suis rigoureux et dur envers moi même et ce que j’peux produire artistiquement. Ma vie est un shonen manga hahaha !

 

Question pas forcément évidente: qu’est-ce qui te plaît dans ce média particulier qu’est la bande dessinée?

La mise en page et la liberté de raconter tes histoires, de faire partager des émotions fortes sans prise de tête, bref faire kiffer la vie via mes dessins tout simplement.

 

Si il y avait une question manquante dans cette interview que tu aurais aimé que je te pose, qu’elle serait-elle? Et qu’elle en serait la réponse?

Ta viennoiserie préférée? Et pour moi c’est le pain aux raisins.

 

Merci à toi pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. Je te souhaite une excellente continuation!

Merci à toi et n’oubliez pas Dirty cosmos dispo sur LULU.COM en format bd ou e-book !

 

Pour conclure cet article, je vais me permettre de citer la préface écrite par Le Chef Otaku pour le premier tome de “Dirty Cosmos”:

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu vivre de mes créations, être un artiste, faire des vidéos, des BD, raconter des histoires, vivre de mes passions. Et quasiment toute ma vie, on a voulu me faire comprendre que j’y arriverai pas, que c’était pas réaliste, encore moins pour un gamin issu d’une famille nombreuse et loin de rouler sur l’or. C’était trop cher, trop loin, trop difficile…Et dire que j’ai presque failli y croire.

Peu importe que ce ne soit pas parfait. Peu importe que ce soit un succès ou un échec. Je l’ai fait. Et ça, c’est déjà ENAURME.

Merci pour avoir pris le temps de lire l’article!

Notes:

  • “Dirty Cosmos” est trouvable en livre physique et ebook sur Lulu.com (l’oeuvre est la propriété intellectuelle de Djiguito & Le Chef Otaku).
  • “L’Attaque des Titans” (Shingeki No Kyojin) est la propriété intellectuelle de Pika Editions et de la Kodansha.
  • “Les Tortues Ninjas” (Teenage Mutant Ninja Turtles) est la propriété intellectuelle de Mirage Studios, Archie Comics et Image Comics.

 

 

 

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