Bonjour à tous !

Je poste ici une retranscription de la première vidéo Youtube que j’ai créée. Ça permettra aux malentendants et aux vidéophobes de prendre connaissance du contenu sans devoir passer par la vidéo! Je ferai de même avec toutes les prochaines vidéos.

J’ai décidé de créer des vidéos plutôt que d’écrire des articles. Déjà, l’exercice me plaît (même si il est plus chronophage) et aussi parce ce que l’époque est fortement emprunte de ce mode de communication (surtout via Youtube).

Bonne lecture à vous!

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Pour cette première chronique dessinée, j’aimerais vous présenter entre autres choses la BD Dirty Cosmos.

Dirty Cosmos est une série de bande dessinée française qui compte actuellement deux tomes et dont la publication a commencée en juin 2016. Elle est illustrée par Djiguito et scénarisée par Le Chef Otaku. Si je ne me trompe pas, il s’agit pour tous les deux de leurs premiers livres publiés.

 

Ses deux auteurs ont pour point commun d’exercer leurs activité principalement sur internet. D’ailleurs, leur mode de publication pour leur bande dessinée ne fait pas exception, j’y reviendrai juste après.

Djiguito est un jeune illustrateur réalisant principalement des fan arts de mangas et comics sur diverses plateformes en ligne. Le Chef Otaku est quant à lui un vidéaste sur Youtube réalisant des reviews de bandes dessinées, principalement japonaises. Je pense que l’on peut considérer leur profil comme étant, à l’heure actuelle, encore atypique dans la sphère des auteurs de bd.

Le synopsis officiel faisant bien le taf, je vais me contenter de le réciter tel quel ici: « Au fin fond de l’univers, Starfire, un baroudeur de l’espace en perdition, alcoolique et drogué à cause d’un artefact antique qui parasite son bras gauche et qui lui inflige d’horribles douleurs, se retrouve pris dans un conflit entre des orphelins des rues et des trafiquants de chair humaine. »

J’ai décidé ne pas m’attarder sur une analyse technique du récit et de sa mise en oeuvre. Après réflexion, je ne sentais pas de délivrer une liste formelle de mes diverses observations sur les points techniques à travers cette émission de chroniques. A titre personnel, j’adore aller voir et lire les critiques sur les œuvres que j’ai pu parcourir, autant j’aurai bien du mal à assumer moi-même sur le long terme ce rôle de critique en tant qu’amoureux et praticien de la BD. Bien sûr, l’aspect technique est au service du récit et de son propos, et son analyse ne pourra être complètement écartée.

Je vais, à travers ces chroniques dessinées, tenter de parler des thématiques qui ressortent de mes lectures et qui m’interpellent. Par exemple, le mode de publication de cette BD m’intéresse, je vais donc profiter de « dirty cosmos » pour aborder ce sujet.

Vous allez assez vite vous en rendre compte, mais je vais pas mal digresser tout au long de cette chronique, et cela risque d’ailleurs d’être une mauvaise habitude que je compte bien prendre.

Je vais commencer par contextualiser ma lecture, car le contexte influence l’appréciation d’une oeuvre et le préciser lors d’une critique me semble donc important.

J’ai acheté en version physique les deux tomes de Dirty Cosmos en même tant que la bande dessinée de David Chabant, jean-luc no revolution, une bande dessinée mélangeant les codes du manga shonen nekketsu et le polititien français Jean-luc mélenchon. David chaban, plus connu sous le pseudonyme de ganesh2 est, comme le chef otaku, youtuber et publie ses livres sur la même plateforme que ce dernier.

Ce sont tous deux des youtubers que j’apprécie et je suis abonnée à leur chaîne depuis plusieurs années. J’ai acheté leurs BD par curiosité de voir comment deux personnes se délivrant déjà beaucoup via leurs vidéos pouvaient produire comme livre en dehors de leur activité principale de vidéaste sur internet. La question de la qualité d’impression des livres m’intéressait également, car ces BD sont imprimées et vendues via le site Lulu.com.

Lulu.com un site d’impression à la demande, via lequel n’importe qui, munit d’un PDF, peut y faire imprimer son livre sans investissement financier de base. Le manuscrit, quelle que soit sa qualité ou son contenu (dans les limites légales, bien sûr) sera vendu par le site via sa boutique en ligne.

Se publier sur lulu.com est donc un modèle particulier de bande dessinée indépendante (et de livre, plus globalement). En effet, l’auteur étant seul maître à bord et ultime décisionnaire de son oeuvre (sans l’aval d’un éditeur, donc), on peut considérer qu’il publie un livre indépendant et ce même malgré l’intermédiaire de Lulu.

Alors, quel est le verdict ? A vrai dire, j’étais intéressé par lulu pour publier mes propres BD. Après quelques hésitations et même essais concret, j’ai décidé de ne pas passer par ce site. Plusieurs raisons à cela : déjà, je ne suis pas satisfait de la qualité d’impression. Autant pour imprimer du texte, c’est très bien, autant si on est un peu tatillon, lulu ne passe pas un certain cap en terme de qualité. Les images, quelles que soient la qualité de résolution de votre pdf, sont, une fois imprimées, légèrement pixelisées. Rien de dramatique, cela ne va pas jusqu’à gêner la lecture, mais cela a suffit pour commencer à me refroidir. Mais ce qui m’a décidé à ne définitivement pas passer par ce site, c’est le fait qu’il ne filtre pas ce qu’il met en vente sur sa boutique. Lulu n’est pas un éditeur, il n’a pas de ligne directrice, libre à chacun de publier ses productions comme bon lui semble. A titre personnel, j’aurais déjà du mal à me faire publier mes BD chez un éditeur pour lequel je n’apprécie globalement pas le catalogue et le mode de production au sens large. Chez Lulu, on peut voir dans le top des ventes, des livres qui me posent des problèmes d’un point de vue éthique. Je me vois mal donner un pourcentage sur mes ventes à Lulu qui, en publiant du contenu de médication dite alternative autres conseils de santé plus que douteux, contribue activement à ce que je considère être de la désinformation. Libre à chacun d’avoir ses croyances, mais je n’ai pas envie leur apporter quelque contribution que ce soit, aussi indirecte soit-elle. Dommage, car j’aimais beaucoup l’idée de base de ce site… ! Vraiment !

Pour en revenir à Dirty Cosmos, j’ai passé un bon moment en lisant les deux premiers tomes publiés jusqu’à ce jour. La Bd est globalement bien construite, tant dans son récit que son découpage. Mais je sais qu’à la lecture, peut venir la réflexion que ce n’est pas aussi abouti que peuvent l’être une BD chez un éditeur, et que l’on retrouverait donc dans le circuit classique.

Je précise cela, non pas pour dénigrer « Dirty Cosmos », mais pour préciser un point qui me semble important (nouvelle digression, il faudrait que je mette un compteur). Nous le savons tous, une BD publiée par un éditeur n’est pas une garantie de sa qualité, au même titre qu’une BD publiée à compte d’auteur n’est pas signe d’amateurisme. « Dirty Cosmos » tient en lui, avec ses qualités et ses imperfections, les germes de futures BD que pourront produire le chef otaku et djiguito dont la qualité ira, je n’en doute pas, toujours en s’améliorant. On y ressent la volonté de ses auteurs, qui ont mis leurs tripes dans un projet qui leur tenait à cœur et dont le résultat est en plus assez bon. Mettre en oeuvre de manière pratique ses compétences, via une publication, est important pour un créateur, et pour ce faire, les opportunités qu’offrent internet sont potentiellement formidables.

Le modèle indépendant et internet permettent aux auteurs de pouvoir se considérer par eux-mêmes et se publier concrètement. A l’heure actuelle, on verrait mal la plupart des éditeurs miser sur un Uderzo, Peyo et autres Morris au niveau que ces auteurs avaient lors de leurs premières publications (pas que j’enlève le charme et les qualités que possèdent ces premières Bd de jeunesse, mais pour le jugement d’amateurisme qu’elles engendreraient à l’heure actuelle).

Et de toutes manières, à contrario, on voit bon nombre de BD très abouties d’un point de vue technique fleurir chez les libraires mais qui sont soit des clones d’un auteur à succès, soit un produit sans âme.

J’ai l’air de tenir des propos assez absolus, comme ça, j’assume ce que je dis en tant que tel mais tout est bien sûr très nuancé et je m’en voudrais que l’on croie que je tente de tirer dans les pattes de quelqu’un. Je lis quantité de BD formidables presque toutes publiés via un modèle éditorial classique.

« Dirty Cosmos », comme « Jean-luc absolution » dont je parlais avant, n’auraient jamais été publiés dans le circuit d’édition traditionnel, j’en suis à peu près certain. Cela aurait été vraiment dommage qu’elles ne voient jamais le jour par manque de moyens alternatifs. Je précise que je ne connais pas les ambitions et volonté des auteurs de ces BD, si il y a même de base une quelconque volonté de s’auto-publier ou si c’est par la force des choses qu’ils l’ont fait.

Le dessin de David Chabant me fait pensé à celui de One, l’auteur d’origine de One Punch Man et qui publie actuellement Mob Psycho 100 (dont le premier tome est un peu décevant, à vrai dire). Leurs deux dessins ne se ressemblent pas en soi, le trait de Chabant étant plus hachuré, mais ils ont en commun d’être un dessin décomplexé des standards habituels. C’est le dessin d’un amoureux de la BD, qui n’a pas de formation ou même de pratique intense de dessinateur, mais qui a envie de raconter un récit et se permet juste de le faire. En fin de compte, ce dessin plein de maladresses prend son sens au sein de l’histoire, du média BD, et donne un ton, un caractère et une force qui lui est propre.

Au même titre que j’adore regarder les planches originelles de One Punch Man dessinées par One sur son site, j’adore de voir une BD comme « Jean-luc absolution » publiée avec tout ce qu’elle peut apporter de bien à ce monde bouillonnant mais parfois trop académique qu’est le milieu de la BD.

Si vous n’êtes pas un habitué de l’humour de David Chabant, sur sa chaîne Ganesh2, vous pouvez retrouver ce qu’il produit comme vidéo. Globalement, il a un humour absurde, parodique, assez référencé selon le personnage ou politicien qu’il imite. Sa chaîne regorge de petits bijoux comme le « Jean-Marie Lepen Gaming » dont le type d’humour recoupe tout à fait avec ce que l’on retrouve dans sa BD.

Je me demande dans quelle mesure ces bandes dessinées peuvent atteindre un public plus large que celui des abonnés des chaînes YT respectives de ces deux auteurs (et Djiguito qui a une fan base conséquente, mais pas au point de ce que peut engranger en terme de public la plateforme YT). Honnêtement, je pense qu’à l’heure actuelle, un auteur indépendant a besoin de se constituer des activités satellites pour pouvoir atteindre un public suffisamment large pour espérer diffuser son oeuvre. Il existe évidement des exceptions ou même des types de productions particuliers comme les fan fictions, qui drainent alors un public déjà en partie conquis.

C’est une bonne manière de boucler la boucle pour cette vidéo…en tant qu’auteur de BD indépendante, il m’a semblé être une bonne idée de lancer une chaîne YT sur la BD. Pour atteindre potentiellement un plus grand nombre de personnes, mais aussi parce que l’idée de travailler des vidéos me plaît énormément. Je vais d’ailleurs profiter de ce média pour tenter une création de BD de manière originale, en l’émission nommée Exosquelette, en utilisant les moyens qu’offre le format vidéo et de publication en ligne…on verra bien où cela mènera !

Je précise cela pour dire qu’il y a une visée, une volonté derrière cette chaîne (ce qui est le cas d’à peu près toutes les chaînes YT, mais le fait de le dire change légèrement la donne et me semblait important, la transparence, tout ça).

Il pourrait sembler dommage que je n’ai presque pas parler du contenu des BD dont j’ai parlé. Même si j’ai passé un bon moment en les lisant, il est vrai que c’est bien son mode de publication qui m’intéressait avant tout. Néanmoins, il serait dommage de réduire ces livres seulement à cela, car dans un monde idéal, ils devraient être lu et critiqués en tant le livre en soi, et non en tant que modèle d’édition atypique. Seulement, le fait est que Dirty Cosmos et jean luc absolution sont aussi intéressant à regarder par ce biais et il me semblait important d’aborder un type d’édition indé via ces deux cas d’école.

Je vous invite bien sûr à découvrir ces livres en livre physique ou ebook sur la boutique de lulu.com, même si vous n’êtes pas forcément le public cible de base de ces auteurs.

Dirty Cosmos pourra plaire aux amateurs de BD de combats et d’aventures dans un univers de SF impitoyable et sombre. L’humour noir du Héros torturé et viril fait mouche et les faits héroïques désabusés des personnages donnent envie de continuer à explorer le récit plus loin…on attend le troisième tome !

Jean luc absolution pourra plaire aux amateurs de satyre politique qui ne se prend pas au sérieux et aux fans de manga de baston, pour le plaisir de toujours voir les codes de ce genre détournés de manière éhontée. Pour vous donner une sorte d’avant-goût du genre de BD que c’est, vous pouvez retrouver une production assez proche du bouquin de David Chabant, avec cette BD de ManlySpirit mettant en scène Trump et Hilary Clinton dans un combat épique.

 

Dessin réalisé pour la chronique :


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